Homélie du dimanche 27 janvier 2019, 3ème dimanche ordinaire de l’année C

Homélie du 27 janvier 2019, 3ème dimanche ordinaire de l’année C

Néhémie 8, 2-4a.5-6.8-10 – Psaume 18(19), 8-10.15 – 1 Corinthiens 12, 12-30 – Luc 1, 1-4 ; 4, 14-21

Nous sommes encore au début de notre année liturgique, appelée ‘année C’ au cours de laquelle nous suivrons l’Evangile de Luc de dimanches en dimanches.

Aujourd’hui commence cette lecture suivie avec ces deux sections inaugurales des chapitres 1 et 4.

Saint Luc s’adresse à un certain Théophile que nous ne connaissons pas par ailleurs et qui est peut-être un personnage symbolique inventé par Luc pour s’adresser aux communautés chrétiennes qu’il enseigne et soutient.

Dans ses écrits, St Paul désigne Luc comme ‘le cher médecin’ (Col 4,14 ; cf. Phl 24 et 2Tm 4,11) qui l’a accompagné dans de nombreuses circonstances de ses voyages. C’est un homme de langue grecque qui s’adresse à des chrétiens d’origine non juive dans une langue belle et souple.

Il est l’auteur de deux des livres réunis dans le Nouveau Testament : l’Evangile selon St Luc et les Actes des Apôtres qui sont comme les deux tomes d’une même œuvre. Le premier est centré sur le Christ Jésus et le second sur l’Esprit Saint dans l’Eglise naissante qui prolonge dans le monde ce que Jésus a commencé dans son corps et son sang de palestinien, principalement en suivant les missions de St Paul jusqu’à sa captivité à Rome.

Ces deux livres ont du être achevés vers les années 80/90 du premier siècle, soit une bonne cinquantaine d’années après la Résurrection de Jésus. Pour ceux qui le peuvent, rappelez-vous ce que vous viviez il y a 50 ans : vous avez besoin de photos et de documents matériels pour que votre mémoire soit fidèle !

Luc a donc plusieurs documents à sa disposition, en plus de ses propres enquêtes pour écrire le récit de son Evangile. Il dit bien qu’ils sont nombreux, ceux qui ont entrepris de ‘composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous’.

Il poursuit : « c’est pourquoi j’ai décidé, moi aussi, d’écrire … un exposé suivi ». Pourquoi donc a-t-il eu besoin d’écrire un récit supplémentaire ? Cela reste un mystère, mais on pense que les nouveaux chrétiens non juifs avaient besoin d’un accès à Jésus qui soit moins pétri de judaïsme et plus proche de leur culture grecque. Et puis, il y a cet inédit de Luc que sont les Actes des Apôtres où il semble dire à ces pagano-chrétiens : ce que Jésus a commencé dans son corps d’homme en Palestine se poursuit dans son Eglise que vous êtes pour l’annonce de la Bonne Nouvelle au monde entier.

Je vous fais remarquer que nous avons ainsi non pas un récit seul factuel des faits et gestes de Jésus mais 4 Evangiles qui parlent bien tous de Jésus, mais pas de la même manière. Ils sont même contradictoires sur certains points parfois importants. C’est une merveilleuse grâce de Dieu que cette multiplicité des regards sur la personne de Jésus. En effet, nous sommes ainsi prémunis de toute tentative idéologique sur Jésus : aucun enseignant ne pourra jamais dire une parole définitive sur Jésus. Ainsi, chacun des croyants apporte au concert des regards sur Jésus sa touche unique qui nourrit la foi de toute l’Eglise.

Confiants donc dans la solidité des enseignements reçus dans l’Evangile, nous pouvons accueillir la Bonne Nouvelle de Jésus, les fruits de sa présence qui libère les prisonniers, guérit les malades, réjouit les pauvres et délivre les opprimés.

Ce dimanche que nous vivons nous invite à ouvrir notre Bible, spécialement au Nouveau Testament pour accueillir la Parole puissante et féconde de Dieu en Jésus, l’Envoyé du Père, le Sauveur du monde.

En prenant Jésus avec nous, en nous, nous sommes introduits dans la joie de Dieu. Or la première lecture se conclut par ces mots : « La Joie du Seigneur est notre rempart ! »

Relisez ce récit du livre de Néhémie et voyez comme la lecture solennelle de la Parole de Dieu au cous d’une assemblée suscite la joie de tout un peuple, qui se trouve réconforté après bien des malheurs, reconstruit par l’œuvre de la joie de Dieu.

Au passage, cela souligne l’importance des textes bibliques de la liturgie de la Parole au cours de la Messe. Et j’en profite pour vous inviter à une écoute attentive et préparée de ces textes. En effet, si nous les découvrons au moment où ils sont lus (souvent très bien) par des lecteurs, nous risquons fort de ne pas les comprendre ni d’en saisir le suc. Je vous invite donc avec force à préparer ces lectures à la maison : le dimanche avant de partir pour la messe, ou mieux encore, au cours de la semaine pour se familiariser avec eux et les goûter joyeusement lors de leur proclamation liturgique. A cet effet, on fait de très bons missels, permanents ou périodiques comme Prions en Eglise ou Magnificat, et même d’excellents sites internet où on peut facilement approcher ces textes.

Là, dans cette Parole puissante qui atteint nos cœurs à travers nos oreilles, se trouve une grâce tout aussi nécessaire que la communion au Corps et au Sang du Christ pour nourrir notre vie de croyant et notre agir de chrétien tout au long de la semaine.

Car elle nous construit, cette Parole sainte de Dieu, elle nous permet, chacun avec sa personnalité, ses dons et son histoire, de donner forme à la grâce de Dieu, celle que répand en nous l’Esprit Saint.

Si nous relisons le passage de la lettre aux corinthiens, nous voyons que chacun de nous est à parité avec tous les autres, chacun apportant son charisme à la construction de l’assemblée. Nous voyons aussi que c’est le Seigneur qui construit son Eglise en peuple organisé pour la mission.

Ainsi, en communauté croyante, ce que nous sommes ici, il est vital que nous rejetions toutes les rivalités, jalousies et envies les uns vis-à-vis des autres, et même tous les jugements les uns sur les autres. Si nous avons des aptitudes différentes, ce n’est pas pour que nous en soyons jaloux, mais pour que nous les mettions au service joyeux et fraternel des autres qui ont, chacune et chacun, d’autres aptitudes et capacité à offrir pour la mission commune.

Rappelons-nous ce qui s’accomplit parmi nous et que souligne par deux fois notre Evangile de ce jouir : l’Esprit du Seigneur est sur nous pour que nous annoncions la Bonne Nouvelle aux pauvres, que nous renvoyons libres les prisonniers, que nous permettions aux aveugles de recouvrer la vue, que les opprimés connaissent leur délivrance et qu’un temps de grâce de Dieu offre la réconciliation avec Dieu, entre nous et avec tous nos frères humains.

Frère Michel Stœckel