Homélie du P. J.-Pierre Ledoux aux obsèques de M Maxime Mergault (24 janvier 2019 à Ste Marie des Batignoles)

 Homélie.  Jeudi 25 janvier 2019.  Ste Marie des Batignolles.

Maxime Mergault est né à Avignon le 26 janvier 1922, il y reste jusqu’à l’âge de huit ans. Son père y tient un café-restaurant, sa mère est aide-soignante.

Ils partent à Paris 12°, tandis que sa mère est gardienne  d’immeuble, son père y fera beaucoup de petits travaux, chauffeur de taxi, en donnant un coup de main à un boulanger, il prend goût à ce métier. Lorsqu’ils partiront à  Gouex, village berceau de sa famille, son père y installera la première boulangerie.

Maxime faisait toujours ce qu’il voulait.

On voulait lui faire apprendre le  violon, lui ne voulait pas. Il coupe  les cordes de son instrument.

1939 : Maxime  a 17 ans, il prépare le concours d’entrée aux Arts et Métiers. La guerre éclate. Avec trois camarades il veut participer à la guerre, s’engager dans la marine. Il n’est pas majeur, a besoin de l’autorisation de son père. Son père n’est pas d’accord : « passe le concours des Arts et métiers, si tu réussis on verra. »

« Pas la peine de me présenter, je le rate, et je m’engage. ». Il entre dans la marine.

Après une formation de timonier, il embarque sur le contre-torpilleur « Epervier », escorte des navires de commerces en Méditerranée et vers l’Angleterre. Timonier sur le Milan il prend part à la chasse d’un cuirassier allemand en Atlantique sud. Campagne de Norvège. Mai 40, enfer de l’évacuation de Dunkerque. Dakar. Oran.

Accrochages avec la Marine anglaise. L’Epervier est touché. Maxime nagera jusqu’à la côte en poussant un canot

plein de blessés. Il reçoit la Croix de Guerre 39-45.

Lorsqu’à la demande de sa fille Nadine, Maxime ira présenter la guerre aux lycéens  à Vienne, les jeunes seront passionnés par son intervention, ils en redemanderont tous les ans….

Un jour, en permission, il veut voir sa marraine de guerre, elle travaille dans un bureau des Contributions Directes. Les portes sont fermées. Il escalade le mur, passe par la fenêtre, rejoint Antoinette dans son bureau.

Juillet 1945, il revient de la guerre, épouse Antoinette, ils auront trois filles qu’il adore : Michelle, Nadine, Catherine.

16 septembre 1945, il entre à la SNCF.

Pas de diplôme. Commis au secrétariat, il distribue des cartes d’alimentation aux cheminots. Toujours 1° aux cours du soir, il devient Trésorier. Puis Formateur au  Château du Vernais pour des enfants de cheminots de toute le France. Il avait juste 2 ou 3 ans de plus que les élèves. Il resta longtemps fidèle aux rencontres des anciens élèves.  C’est d’ailleurs là que fut baptisée Michelle.

A chaque  fois que ses responsabilités grandissent, il doit changer de lieu avec sa famille : Laroche Migènnes, Dijon, Besançon.

1956, il est muté à la Scéta, service de camionnage de la SNCF.

1981, Directeur d’un ensemble de services routiers  de 1200 personnes.

5 ans après, en 1986, Directeur Général de Sceta Marchandises.

Admiratif de son énergie et de son courage, on dit de lui qu’il « croit dur comme fer à l’importance de l’équipe, mais c’est lui qui tient la barre fermement, c’est le patron à bord ». Main de fer dans un gant de velours, on l’appelle « Papa Max ».

1987  Maxime  prend sa retraite.

Malgré tout  ce débordement d’énergie, Maxime était : « Père très aimant, modèle familial d’amour, toujours à l’écoute. » Confident, avec toujours le mot juste, il garde toujours tout pour lui. » Optimiste, envie de vivre, plein de projets,

En bon marin, il était bon cuisinier. Convivial il aimait inviter chez lui, il y avait du style, c’était une fête, un régal.

7 novembre 2009 Antoinette décède : moment très difficile pour Maxime.

L’action le remet en route : il fonde des clubs Sceta Marchandise, bridge, voyage.

A Notre Dame de la Confiance il est très présent, il fonde la bibliothèque de rue.

Samedi  1° décembre 2018, il est présent toute la journée pour la collecte de la Banque  Alimentaire.

La veille de son départ, vendredi passé, 18 janvier, à la clinique, il ouvre son agenda : « dans trois jours réunion, je dois y aller, la semaine prochaine, réunion je dois y aller ».

Toujours aussi déterminé, mais son corps n’a pas suivi. Le lendemain matin, samedi, son cœur s’arrêtait.

Il est parti comme il l’aurait souhaité.

En arrivant là-haut chez  Dieu, il a du crier : « Anette, où es-tu ? ». Elle a du lui dire « ne parle pas si fort. »

Quand les anglais avaient coulé son bateau, l’Epervier, devant le port d’Oran, les explosions lui avait crevés les tympans.

Les Paroles de la première lettre de St Jean et celles de son évangile que vous avez choisies

nous révèlent l’origine de l’Humanité, de la Force qui anima Maxime.

 « Ne soyez pas bouleversés, vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. »

 « Là où je suis, vous y serez aussi. » : ce que Jésus portait en lui, sa vie de Fils de Dieu, son amour pour tous les hommes, il est venu pour le transmette à chacun de tous les hommes.

« Pour aller où je m’en vais, vous connaissez le chemin : Je suis le Chemin, la Vérité, la Vie ».

Jésus est la Vérité : ce que Jésus portait en lui, lui, Parole de Dieu, le Fils bien-aimé du Père, c’était cette union à Dieu son Père, qu’il aimait retrouver dans la prière lorsqu’il partait seul dans la nuit.

Jésus vérité du Fils de Dieu, Jésus vérité de l’homme, enfant de Dieu.

La Vérité pour nous les hommes, pour Maxime?

« Nous devons aimer en actes et en vérité, en agissant ainsi, nous reconnaitrons que nous appartenons à la vérité », nous dit St Jean dans sa lettre. Vivant à la suite de Jésus-Christ, cherchant à aimer comme Lui, avec Lui, nous réaliserons notre vérité d’homme, notre vérité de fils de Dieu. C’est ce que Maxime a cherché à faire.

Jésus est la Vie : ce que Jésus portait en lui c’était cet amour de Dieu son Père pour tous les hommes, amour qui le faisait parler, guérir, sans chercher à se reposer le jour du Sabbat : « Mon Père travaille toujours et moi aussi je travaille, dit-Il aux Pharisiens qui lui reprochaient de travailler le jour du sabbat.

La Vie pour nous les hommes, pour Maxime? « parce que nous aimons nos frères, nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie » nous dit encore St Jean dans sa lettre. C’est ce que Maxime a voulu faire, il fut pleinement vivant parmi nous, il est maintenant pleinement vivant de la vie de Dieu.

Maxime a suivi ce Chemin qu’est Jésus-Christ, il a ainsi réalisé sa vérité d’homme, sa vérité d’enfant de Dieu. Maxime n’a jamais été bouleversé, en vrai pauvre, il ne s’accrochait à rien :

muté à la Scéta, il dit : « J’ai répondu : oui, sans hésitation, car j’ai toujours considéré qu’il faillait saisir chaque opportunité de s’enrichir professionnellement. » Il faisait confiance envers et contre tout, ce qui lui fit escalader tous les échelons au service de la société, et montant dans la hiérarchie du travail, il a su  transmettre à un nombre de plus en plus grand de personnes ce qu’il portait de meilleur au fond de lui-même, il était : un Roc, le Patriarche, un Pilier, un référent, un modèle, il tire les autres vers le haut, « ça s’arrangera », toujours plein d’espoir, c’est une leçon de vie. « C’est un grand Monsieur qui grave dans les cœurs sa devise « je maintiendrai »

 Et nous maintenant ?

Rendons grâces au Seigneur pour cette vie de Maxime, magnifique, exemplaire, bien remplie, il aurait eu  97 ans dans deux jours, samedi.

A notre tour, comme lui, faisons confiance à ce qui est de meilleur en nous  et partageons-le au plus grand nombre de personnes.

En imitant le meilleur de ce qu’a vécu Maxime, en imitant le meilleur de ce qu’ont vécu ceux qui nous ont précédés, nous restons avec eux dans le même souffle, dans le même Esprit de Jésus, nous sommes en communion avec eux, avec Maxime.  C’est la communion des Saints que nous affirmons ensemble le dimanche dans le « Je Crois en Dieu ».

Jean-Pierre Ledoux