Homélie du 3 mars 2019

3 mars 2019, 8ème dimanche ordinaire, année C

Siracide 27, 4-7 ; Psaume 91 (92), 2-3, 13-14, 15-16) ; 1 Corinthien 15, 54-58 ; Luc 6, 39-45

Je suis étonné du peu de réactions qui me parviennent concernant la tourmente que traverse l’Eglise en ce moment. Je ne sais comment le comprendre et, à la fin de la messe, je proposerai à ceux qui le veulent de venir s’exprimer sur toutes ces questions douloureuses qui ébranlent notre Eglise.

Peut-être est-ce de la pudeur parce qu’on n’ose pas parler de souffrances infligées par des prêtres et couvertes par l’institution. Peut-être est-ce de la souffrance parce qu’on a subi soi-même des atteintes à son intégrité. Peut-être est-ce aussi de l’ignorance ou du désintérêt pour des sujets certes graves mais qui ne nous concerneraient pas directement. Peut-être encore est-ce de la sidération parce que l’ampleur et la gravité des faits nous dépasse et nous laisse assommés.

J’espère que nous pourrons aborder ces sujets douloureux pour les affronter, chacun à son niveau, car il y a de fortes probabilités que l’Eglise, notre Eglise en sortira transformée en profondeur.

Pour l’heure, les textes de l’Ecriture de ce dimanche nous invitent à prendre les justes moyens de porter du fruit ; non pas des fruits gâtés mais de bons fruits, nourrissants pour nos contemporains.

Saint Paul situe la cadre de foi dans lequel nous cherchons à ajuster nos comportements de disciples : la victoire du Christ sur toute mort et sur tout péché, laquelle victoire nous est communiquée et à laquelle nous devons nous accrocher pour tenir dans les épreuves.

Il nous a appelé il y a quelques semaines dans cette même Epitre aux Corinthiens qui si nous ne croyons pas à la résurrection victorieuse, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes et qu’alors notre foi est vaine.

Après ce rappel, nous pouvons écouter ce que dit Jésus dans l’Evangile. Il s’agit de plusieurs enseignement disparates de Jésus rassemblés par Luc dans un ensemble qui peut se résumer par : portez du fruit, du bon fruit qui partage les bienfaits du Royaume et de la Résurrection à vos frères humains.

Pour cela, pour porter du fruit, il y a plusieurs conditions qui se rapportent toutes à la conversion, à l’accueil en nous de l’Esprit Saint et au travail sur nous-même, volontaire, en vue de changer nos cœurs.

Première condition : se former. Etre disciple de Jésus, c’est étudier Jésus, sa vie, son enseignement, sa personne. On ne peut pas rester chrétien simplement en vivant un sentiment religieux, même très fidèle à la Messe et aux prières si on n’ouvre pas sa Bible, si on ne s’interroge pas sur ce que Jésus veut et fait, si on ne se retrouve pas avec d’autres croyants pour approfondir sa foi. L’objectif que donne Jésus est d’être comme Lui à terme, sans pouvoir être plus grand que Lui.

Concrètement, pendant le carême qui commence mercredi prochain, nous aurons des propositions d’effort de formation à ND de la Confiance :

Chaque dimanche, l’homélie portera sur un aspect de la redécouverte du pardon et de la réconciliation, thème que nous explorerons durant tout le carême ;

Chaque mercredi soir à 19h, un temps de jeûne et de formation sur le thème du pardon et de la réconciliation ;

4 samedis après-midi et deux dimanches après-midi de carême, nous serons invités à mémoriser l’Evangile par cœur et par corps, comme on en a eu un avant -goût lors de la fête patronale ;

Chaque foyer pourra se réunir en famille ou avec des voisins pour découvrir l’Evangile du dimanche suivant avec les « Maisons d’Evangile », comme au temps de l’Avent.

Tout le monde que nous sommes ne pourra pas participer à toutes ces initiatives, mais il serait bon que nous décidions de faire un carême conscient de notre besoin de cohérence et de formation.

Deuxième condition pour porter du fruit : après nous être formés, nous réformer. Un arbre mauvais ne peut pas porter de bons fruits, même s’il a reçu le bon soleil, la bonne pluie, les bons oligoéléments du sol et les bons soins de l’arboriculteur. Nous sommes pécheurs, tous nous partageons cette condition. En chacun de nous est tapis l’esprit malin qui tente de nous faire faire le mal et qui y arrive parfois.

Nous réformer, c’est prendre au sérieux notre besoin vital de changement du cœur. Ce qui est pourri en nous, l’enlever, l’assainir ou le guérir, avec l’aide et la grâce de Dieu. Faute de vouloir nous convertir et nous améliorer, nous ne porterons que des fruit de mort qui augmenteront le mal sur la terre. Si nous ne cherchons pas à enlever d’abord la poutre qui est dans notre œil, il est scandaleux de vouloir dire aux autres comment bien faire.

Le carême est un temps privilégié pour la conversion profonde de nos cœurs, de nos actes et de nos paroles. Le thème que nous avons choisi d’explorer avec vous nous amènera à des décisions de changement. La Réconciliation et le Pardon avec Dieu, avec nos proches, avec nos ennemis et avec nous-mêmes est une urgence pour que la paix vienne enfin entre nous.

En l’occurrence, poussé par la gravité des accusations faites à l’Eglise, le Pape François a réuni des évêques à Rome pour que l’Eglise tout entière assume ses fautes, surtout si elles sont faites contre des enfants, qu’elle se repente, qu’elle répare ce qu’elle peut et qu’elle se convertisse par des changements décisifs de pratique.

Si ce sont des prêtres et des évêques qui sont montrés du doigts pour leurs agissements coupables, c’est notre manière à tous d’être l’Eglise du Christ et de l’amour des petits qui est interrogée pour que nous tous nous changions nos habitudes.

Troisième condition pour porter du fruit : nous garder en bonne santé spirituelle. C’est surtout St Paul qui nous invite dans son Epitre : « soyez fermes, soyez inébranlables, prenez une part toujours plus active à l’œuvre du Seigneur »

Prendre une part active à l’œuvre du Seigneur, cela revêt deux aspects.

Tout d’abord ce que le Seigneur fait et veut faire en nous. Laisser Dieu agir en nous, c’est nous offrir constamment à sa grâce,  notamment par la prière et le jeûne. Au cours de ce carême,  nous serons invités à prendre plus de temps et d’assiduité à la prière, à la prière personnelle notamment, au chapelet hebdomadaire, mais aussi en suivant les chemins de croix des vendredis de carême ; à la détermination de participer activement aux propositions de carême. C’est un effort qui peut nous couter, mais dont nous porterons les fruits certainement.

L’autre aspect de la bonne santé spirituelle à cultiver, c’est la charité, le partage, la volonté de faire du bien à nos frères, fussent-ils nos ennemis. A Notre Dame de la Confiance, nous vous proposons particulièrement de soutenir une petite paroisse du sud du Brésil, animée par un prêtre de Paris, neveu de Dominique de Montille, le Père Philippe Roche. Il a besoin d’aide pour réhabiliter les salles paroissiales très délabrées pour pouvoir accueillir plein de groupes de pauvres, notamment des personnes handicapées de Foi et Lumière.

Au cours de ces semaines à venir, chacun pourra mettre de côté les quelques euros qu’il n’aura pas dépensés. On peut, en effet, examiner les dépenses qu’on fait machinalement et repérer celles qui ne sont pas indispensables. Donner fera du bien à d’autres. On peut même faire l’effort de se priver de quelque chose d’important, nourriture ou confort, afin de soulager des frères lointains qui sont des frères très proches dans le Christ. Il y aura à cette intention des enveloppes disponibles dans la chapelle pour recueillir vos dons.

Mercredi prochain, donc mercredi des cendres, nous entrerons en carême avec ce projet de nous préparer à célébrer la Passion et la Résurrection du Christ Jésus qui est Lui-même notre réconciliation et notre pardon.

Je vous préciserai à la fin de la Messe, aux avis communautaires, les modalités de ce carême que  nous abordons dans l’espérance.

Pour la gloire du Dieu et le salut du monde !

Frère Michel Stœckel