Homélie du 31 mars

Dimanche 31 mars 2019, 4ème dimanche de carême, année C

Josué 5, 9a. 10-12 ; Psaume 33 (34), 2-7 ; 2Corinthiens 5, 17-21 ; Luc 15, 1-3.11-32

Mardi dernier, c’était le catéchisme. Les enfants arrivent un peu énervés de l’école. Donc avant de commencer la séance, on leur offre un petit goûter : une madeleine et des verres de sirop. Au troisième verre de sirop, la carafe est presque à la fin et le dernier enfant servi a eu un peu moins de jus que les autres. « C’est pas juste, j’en ai eu moins que les autres ! » 1 centimètre de moins au troisième verre et l’enfant se met à rouspéter comme si on lui arrachait la vie ! Oh la la il y a du travail à faire avec ce groupe pour qu’il devienne un petit peu chrétien !

Il faut arrêter d’urgence les jalousies, les envies, les rivalités qui nous énervent !

Et puis jeudi et vendredi dans des groupes différents de l’aumônerie, je croise deux sœurs. Chacune me raconte combien sa sœur est énervante en famille au point que cela en devient insupportable !

Il faut arrêter d’urgence les jalousies, les envies, les rivalités qui nous divisent !

Voilà bien le quotidien de notre vie. Et cela se poursuit de plus en plus grave avec les âges. Nos querelles d’adultes ne valent guère mieux. Et d’ailleurs, nous en faisons des guerres.

Il faut arrêter d’urgence les jalousies, les envies, les rivalités qui nous tuent !

Que s’est-il passé dans la famille de l’Evangile d’aujourd’hui. Un père et deux frères (çà manque un peu de femme !). Est-ce que ces deux frères ne seraient pas en conflit entre eux ? Au point que l’un décide de fuir ce contexte qui lui est devenu insupportable ?

Alors il faut que l’un s’en aille en claquant la porte, que l’autre refuse de rentrer à la maison pour que le père sorte : qu’il coure se jeter au cou de son fils retrouvé, qu’il aille implorer la bonne grâce de son fils boudeur !

Mais ces deux-là n’auront pas toujours un adulte pour recoller les morceaux cassés. Les enfants du catéchisme non plus : ils devront apprendre à dépasser les jalousies. Et les sœurs rivales aussi devront dépasser par elles-mêmes ces bêtises fatigantes. Et nous tous aussi.

Il est temps de passer à un autre âge !

C’est ce qui s’est passé avec Josué. Le peuple hébreux, sorti par miséricorde et providence de l’esclavage en Egypte a erré 40 ans au désert pour apprendre à vivre en peuple de Dieu. Ils n’ont pas arrêté de sa jalouser, de quereller Moïse et Dieu. Comme des gamins pas encore élevés. Et pourtant, leur papa leur donnait tous les jours à manger dans l’assiette : la Manne.

Mais voilà, ils sont arrivés en Terre Promise, cadeau de Dieu ruisselant de lait et de miel. Et il faut qu’ils passent à l’âge adulte. C’est pourquoi la Manne cesse à partir de ce jour.

Ils ont suffisamment reçu pour pouvoir être responsables et se passer de la tutelle parentale.

Enfin …, normalement ! Car l’histoire montre qu’il vont continuer de se jalouser, de se quereller, de se refuser la confiance, bref de rester immature !

Il faudra que Dieu envoie son propre fils, Jésus pour qu’il s’offre lui-même à vivre en nous, avec son Corps livré et son Sang versé sur la Croix, pour que nous soyons profondément transformés dans le Baptême et la Confirmation.

C’est St Paul qui le rappelle : « l’ancien monde s’en est allé ; un nouveau monde est déjà né ; il a mis en  nous la parole de réconciliation. »

Allons-nous enfin résolument nous mettre à croire à cette œuvre de Dieu en nous ?

Tout au long de ce carême, nous avons été invités à visiter notre vie et nos relations pour discerner avec qui nous sommes en conflit et comment sortir de ces querelles par la foi en Christ vainqueur du mal.

Nous mettre résolument à croire en Christ qui nous réconcilie, çà va nous faire du bien et c’est déjà ça !

Mais Dieu veut plus que seulement nous faire du bien par la réconciliation personnelle.

Il veut que cette réconciliation atteigne tous ses enfants prisonniers des conflits : il nous confie d’être ses ambassadeurs pour répandre la réconciliation partout dans le monde.

Il faut arrêter d’urgence les jalousies, les envies, les rivalités qui nous tuent !

« Laissez-vous réconcilier avec Dieu ! »

C’est l’appel que nous avons la charge de répercuter auprès de tous nos frères humains, à commencer par nos plus proches, notamment ceux avec qui nous sommes en conflit.

Celui qui sera vraiment réconcilié avec Dieu organisera sa vie et ses actes pour sortir des conflits et proposer la paix.

Frère Michel Stœckel