homélie du 04 novembre

Marc 12,28b-34

Dans l’évangile je relève deux points :

1 – l’amour de Dieu est premier et nous ne pouvons le vivre qu’en associant le second : tu aimeras ton prochain comme toi-même

Dans la première lettre de St jean, l’apôtre va encore plus loin écrit. Si quelqu’un dit : « J’aime Dieu », alors qu’il a de la haine contre son frère, c’est un menteur. En effet, celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, est incapable d’aimer Dieu, qu’il ne voit pas. Et voici le commandement que nous tenons de lui : celui qui aime Dieu, qu’il aime aussi son frère.

Mais quel est cet amour dont parle Jésus

Aujourd’hui l’amour est lié au sentiment et tant que dure le sentiment notre cœur est ouvert

Pour les juifs du temps de Jésus, le cœur est à la fois conscience et mémoire, intuition et force morale. C’est dans le cœur que s’enracinent l’attitude croyante et la fidélité à Dieu. En résumé  Notre cœur est associé à notre volonté d’aimer.

Mere Teresa avait bien compris cet amour quand elle a vécu comme d’autre Saint pendant 40 ans la nuit de la foi : pour moi – le silence et le vide sont si importants – que je regarde et je ne vois pas, que j’écoute et que je n’entends pas. » Ainsi les mots de « sécheresse », « obscurité », « isolement ».

Mere Teresa a donc continué à faire le pas de la foi, à s’abandonner à Dieu et, surtout, à vivre Dieu. Or tel est bien l’essentiel : non pas ressentir Dieu de manière tangible, trop humaine, mais le vivre dans l’amour concret du prochain. Elle a, en quelque sorte, « quitté Dieu pour Dieu », préférant, aux grands sentiments spirituels et sentimentaux, la charité vraie envers le prochain. En lui, plus sûrement encore, on peut rencontrer Dieu. Elle ne percevait plus sa présence dans la prière, mais seulement dans la compassion pour les pauvres.

Si l’on peut risquer une comparaison, ce serait celle du sentiment amoureux. Il envahit la personne tout entière aux premiers temps de la rencontre, puis peut se faire plus discret, moins sensible par la suite. L’amour n’est pas mort pour autant. Sentir que l’on aime et aimer sont choses différentes. Sentir Dieu et croire en lui aussi.

Etienne a vécu avec sa femme atteinte de la maladie d’Alzheimer cette compassion pendant 5 années ou il faisait 50 kms tous les jours pour aller lui rendre visite dans sa résidence spécialisée. Quand il arrivait, elle lui parlait 3 mn puis l’injuriait et le renvoyait. Le lendemain de nouveau il était là auprès d’elle avec le même sourire. C’est cela aimer avec toute notre force intérieure.

 

2  Nous sommes dans l’esprit de la Toussaint et de l’évangile des béatitudes : Heureux es-tu :« Tu n’es pas loin du royaume de Dieu. »

 

Nous aussi comme le scribe nous ne sommes pas loin du royaume de Dieu, puisque nous voulons donner un sens à notre vie, à notre travail, à nos souffrances, puisque nous voulons prendre du recul par rapport au tourbillon de notre vie ; puisque nous voulons échapper à l’engrenage de la routine, au mensonge des relations superficielles, à tout ce qui rapetisse notre vie.

Nous ne sommes pas loin , car nous avons compris qu’il faut vouloir concrètement pour notre frère ce que nous voulons pour nous : une vie joyeuse, donnée, efficace, la reconnaissance par les autres, et l’amitié de Dieu.

 

Allons plus loin, interrogeons nous : Si les scribes et les pharisiens reconnaissaient en jésus un prophète, écoutaient ses paroles et s’émerveillaient de ses miracles, pourquoi l’ont-ils crucifié ?

Un Dieu qui se fait homme, serviteur de tous, mendiant d’amour, c’était inconcevable pour eux.

La question nous est aussi posée à nous, Sommes nous prêts à reconnaitre Jésus dans le plus misérable ?

 

Pour reconnaitre Dieu dans l’église par exemple , nous voulons des prêtres sur tous les fronts, aumônier scout, d’aumônerie en visite chez tous les paroissiens mais notre réaction face à certains ordres monastiques est parfois mitigée : Est- ce raisonnable, utile ?

Le silence et l’inefficacité apparente de Jésus sont de trop pour nous ! ca nous éprouve nécessairement: le plus grand don dans l’obscurité la plus radicale!

Dans ce temps de la Toussaint nous fêtons les mendiants de Dieu

Jozef De Veuster, dit le Père Damien, il se porte volontaire pour visiter les lépreux déportés sur l’île de Molokaï. Il choisit de s’établir avec eux et de 1873 à sa mort en 1889, il partage leur quotidien et s’identifie à eux. Il organise pour eux une véritable communauté humaine et ecclésiale : église, orphelinat, villages avec maisons individuelles, hôpital, routes. En 1884, le père Damien contracte la lèpre dont il meurt en 1889 à l’âge de 49 ans.

La béatification des moines de Thiberine le 8 décembre prochain nous parle aussi de l’amour donné sans efficacité: un lieu de paix et de prière.

F Paul(Extrait d’une lettre à sa mère, 24 mars 1991 – )

L’amour s’est fait mendiant pour mendier notre amour. A vues humaines tout a l’apparence de l’échec ridicule. C’est dans cet abaissement, cet anéantissement que se réalise notre salut.

Oui, en donnant sa vie le Christ est vainqueur de la mort et nous libère de la nôtre en nous invitant à son exemple à remettre notre vie entre les mains de Père.

Michel de la Giraudière – Diacre permanent NDC

Au programme: devenir un-e saint-e !

Le Pape François nous a rappelé au mois de mars dernier que nous sommes tous appelés à être des saints, des filles et fils de Dieu qui lui ressemblent pour aimer, faire du bien et chanter sa louange.

Avec la fête de Toussaint, voici quelques extraits de son Exhortation apostolique « Gaudete et Exultate » :

  1. « Soyez dans la joie et l’allégresse » (Mt 5, 12… Le Seigneur demande tout ; et ce qu’il offre est la vraie vie, le bonheur pour lequel nous avons été créés. … il n’attend pas de nous que nous nous contentions d’une existence médiocre, édulcorée, sans consistance. …
  2. J’aime voir la sainteté dans le patient peuple de Dieu : chez ces parents qui éduquent avec tant d’amour leurs enfants, chez ces hommes et ces femmes qui travaillent pour apporter le pain à la maison, chez les malades, chez les religieuses âgées qui continuent de sourire. Dans cette constance à aller de l’avant chaque jour, je vois la sainteté de l’Église militante.

C’est cela, souvent, la sainteté ‘‘de la porte d’à côté’’, de ceux qui vivent proches de nous et sont un reflet de la présence de Dieu, ou, pour employer une autre expression, ‘‘la classe moyenne de la sainteté’’.

  1. … Ce que je voudrais rappeler …, c’est surtout l’appel à la sainteté que le Seigneur adresse à chacun d’entre nous, cet appel qu’il t’adresse à toi aussi : « Vous êtes devenus saints car je suis saint ».

Le Concile Vatican II l’a souligné avec force : « … tous ceux qui croient au Christ … sont appelés par Dieu, chacun dans sa route, à une sainteté dont la perfection est celle même du Père ».

  1. …Ce qui importe, c’est que chaque croyant discerne son propre chemin et mette en lumière le meilleur de lui-même, ce que le Seigneur a déposé de vraiment personnel en lui …
  2. Laisse la grâce de ton baptême porter du fruit dans un cheminement de sainteté. Permets que tout soit ouvert à Dieu et pour cela choisis-le, choisis Dieu sans relâche.

Ne te décourage pas, parce que tu as la force de l’Esprit Saint pour que ce soit possible ; et la sainteté, au fond, c’est le fruit de l’Esprit Saint dans ta vie

Quand tu sens la tentation de t’enliser dans ta fragilité, lève les yeux vers le Crucifié et dis-lui : ‘‘Seigneur, je suis un pauvre, mais tu peux réaliser le miracle de me rendre meilleur’’. …

  1. N’aie pas peur de viser plus haut, de te laisser aimer et libérer par Dieu. N’aie pas peur de te laisser guider par l’Esprit Saint.

La sainteté ne te rend pas moins humain, car c’est la rencontre de ta faiblesse avec la force de la grâce. …

Frère Michel Stoeckel, chapelain

Homélie du 7 octobre 2018

Impossible de ne pas parler du couple à l’écoute de ces passages bibliques !

Dans notre assemblée, il y a des couples mariés, assez nombreux, d’âges différents, d’histoires différentes.
Chacun pourrait nous témoigner de la joie d’être unis à deux pour former une famille, de la joie de s’aimer et de se soutenir.

Ils pourraient aussi nous dire qu’être un couple est loin d’être une vie de bisounours !
On y vit des périodes douloureuses de fossés immenses entre les deux membres du couple, fossé re reproches, d’incompréhension ou d’aveuglement, sans parler des galères et malheurs affrontés ensemble.

A ND de la Confiance, il y a un groupe pour parents seuls, et c’est très bien. Mais il y a aussi beaucoup de services dans l’Eglise où des couples peuvent venir se ressourcer, partager leur expérience, leurs joies et leurs galères, se réparer, se soutenir et prier,
parce qu’il est vital de trouver des forces, de nourrir une relation de couple avec soin, sans quoi le ménage dépérit.

Et s’il y a un groupe de parents seuls, c’est bien parce qu’il y a parmi nous un bon nombre de familles bâties sur un seul adulte, souvent la maman.
Et dans ce groupe, on partage aussi la vie de parent seul, avec ses satisfactions mais aussi ses problèmes souvent lourds, fatigants et douloureux.

La vie de famille, ce n’est donc pas la facilité. Parole de célibataire !

En effet, celui qui vous parle est un célibataire. Comme il y a parmi nous un certain nombre de célibataires. Ceux-ci aussi pourraient vous dire que le célibat n’est pas toujours facile à vivre !

A vrai dire, je ne connais pas de vie facile : ça n’existe pas ou alors, c’est factice. Pas contre, je connais beaucoup de gens heureux d’avoir pris un engagement ferme, même avec ses rudesses.

Lorsque  nous faisons des choix dans notre vie, c’est donc illusoire de choisir la facilité apparente
et ce n’est donc pas ce que Dieu veut nous dire aujourd’hui.

Je remarque que Jésus aussi est célibataire et que c’est lui qui parle de la splendeur du couple qu’il ne faut jamais séparer si Dieu l’a uni.

Jésus, c’est le Fils de Dieu qui n’a pas honte de nous appeler ses frères (2ème lecture d’He 2)
et surtout de payer le prix de la souffrance et de la croix pour nous sauver et nous ouvrir la vraie vie, celle de Dieu.

De quoi nous sauve-t-il ?
Du mal qui nous tient prisonniers, du péché qui être notre manque d’amour
ou de notre amour défiguré et caricatural,
de notre orgueil et de notre tendance à l’individualisme et à l’autosuffisance.

Car la vraie vie, celle de Dieu, est d’abord une circulation d’amour entre des personnes qui se lient entre elles
et se donnent sans réserve à l’autre,
ce qui fait surgir encore plus de vie dans une fécondité joyeuse.

Notre vocation à tous, c’est d’être comme Dieu !
C’est de lui ressembler dans sa propre vie de Père, Fils et St Esprit.

D’ailleurs, lorsque Dieu crée l’être humain, il le crée couple à son image,
homme et femme.

C’est le couple d’un homme et d‘une femme qui est la véritable image de Dieu.

C’est bien plus lumineux que de penser que c’est une personne individuelle qui est image de Dieu :
c’est le couple d’un homme et d’une femme qui se lient pour la vie,
pour le don de soi généreux par amour.
C’est cela qui est le mariage, en particulier dans le sacrement du mariage qui est un des plus merveilleux trésors de l’Eglise.

Nous les disciples de Christ, nous sommes témoins de cela par notre foi et pas toute notre vie.
Du moins le devrions-nous ! Et c’est à cela que nous aspirons de tout notre cœur et de toute notre énergie.

Ainsi, le mariage est la vocation la plus nécessaire
et elle est presqu’universelle.

Les vocations de célibataires sont uniquement au service de cette vocation du plus grand nombre au mariage.

C’est à cette vocation que nous devons appeler principalement les jeunes de notre communauté.

Ils constatent que leurs familles sont construites de manières variées, avec un ou deux parents, mariés ou non.
Ils peuvent constater qu’aucune forme de vie familiale n’est facile.

Mais ils doivent avoir sous les yeux le témoignage de la foi des adultes. Celle-ci tend de toutes ses force à vouloir imiter Dieu, lui ressembler
et aimer comme lui, en premier lieu dans la famille, quelle qu’elle soit.

Il doivent pouvoir ressentir  qu’il y a en eux un appel de Dieu à être très ambitieux pour l’amour
et à former dans leur vie un couple unique, stable et fidèle, courageux et persévérant, heureux de son engagement.
Merci les couples mariés.

Mais de la part des autres adultes aussi,
ceux qui ne sont pas en couple d’un homme et d’une femme mariés,
ils doivent pouvoir recevoir cet appel à désirer ressembler à Dieu
Ils doivent pouvoir se former résolument dans cette perspective de fonder un couple dans le sacrement du mariage.

C’est l’affaire de tous les adultes chrétiens, mariés, parents seuls ou célibataires de servir cette vocation des enfant et des jeunes.

L’éducation à l’engagement et à l’affectivité ne consiste pas seulement à inciter sa fille à aller au Planning Familial pour se faire délivrer la pilule !
Il est sans doute bon qu’on apprenne très tôt aux petits, à l’école et en famille à respecter l’autre de l’autre sexe, à le reconnaître et l’aimer, le servir ; bien sûr en adaptant à l’âge des enfants cette éducation à la relation et à l’affectivité.
Les soucis des parents et des jeunes ne doivent pas se limiter à espérer que les jeunes ne deviennent pas parents avant d’être en couple.

Il nous faut tous contribuer à donner une ambition généreuse à chaque jeune, appelé à ressembler à Dieu dans un couple à l’image et ressemblance de Dieu lui-même,
dans l’énergie de la foi de Jésus, Lui qui n’a pas craint de perdre sa propre vie sur la croix pour nous aimer, nous servir et nous ouvrir la vraie Vie ! Amen !

Frère Michel Stoeckel, chapelain

27ème dimanche ordinaire de l’année B ; textes bibliques: Gn 2, 18-24, Ps 127 (128), 1-6 He 2, 9-11 Mc 10, 2-16